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SRYWC Winning Essay by Esther

La communauté nationale comme il convient de la nommer porte en elle, de profondes et langoureuses cicatrices des conflits passés mais aussi de crises persistantes remettant inlassablement sur la table ces « éternelles différences » entre camerounais tant sur le plan culturel, linguistique que diasporique. Dans de telles situations, il convient de poser à nouveau le regard sur les emblèmes et symboles forts de la république que nous avons et connaissons aujourd'hui dans et en lesquels chacun peut se reconnaître mais aussi voir cette unité là que l'on a tendance à mettre à l'écart en oubliant ce que nous sommes réellement. Qu'est-ce qu'être un camerounais? Sous-jacent à cette question plurivoque qui peut nous paraître tellement éloignée des besoins et des réalités de nos peuples-populations et de nos individus-citoyens, se pose la question de la signification réelle et profonde de ce qu'être camerounais.

La prolifération des sentiments séparatistes est une grande menace pour l'unité nationale notifiant ainsi un besoin urgent d'efforts non seulement pour les combattre mais aussi signifier ce qu'on entend par « être camerounais » En alignant les mots un par un, il est possible de voir la signification de ce qu'être un camerounais de plusieurs façons.

D'abord, nous pouvons dire qu'être camerounais, c’est assumer avec lucidité une expérience subjective de constitution identitaire. Celle-ci s’est construite non seulement dans une genèse antécoloniale, faite de communautés et de terroirs ouverts et liés par une certaine forme de consanguinité culturelle et anthropologique, mais aussi dans l’expérience des blessures coloniales et dans la mémoire d’une lutte anticoloniale particulièrement sanglante. Nous irons plus loin en disant qu'être camerounais, c’est reconnaître que le Cameroun est le berceau de nos ancêtres, qu’il doit mériter le plus grand honneur et que son drapeau doit être un symbole ardent de foi et d’unité. Être camerounais, c’est être unis par un sentiment de fierté nationale si fort qu’il confine parfois à l’orgueil. C’est être attaché à sa souveraineté et à son indépendance par-delà les palabres politiciennes et les chamailleries domestiques.



Ensuite, Être camerounais est visible à travers la capacité à accepter et à comprendre pour une meilleure entente, un meilleur épanouissement que « Le Cameroun est une Afrique en miniature » non uniquement par sa situation idéale au centre du continent mais parce que c'est aussi l’Afrique des plaines et des plateaux, l’Afrique des forêts et des savanes, l’Afrique des chrétiens et des musulmans, l’Afrique anglophone et francophone, l'Afrique aux « mille et une » cultures et par conséquent, il est plus que nécessaire de dépasser nos différends et conflits afin d'oeuvrer comme un seul être au destin prodigieux de notre nation; car après tout, « impossible n'est pas camerounais. »

En outre, être camerounais, c'est arborer avec fierté, unité et amour le visage de lion indomptable qui est le nôtre face au monde entier; c'est chanter en choeur et avec passion notre hymne avant chaque début de rencontre sportive, c’est assumer un multiculturalisme sans précédent dans la constitution des équipes camerounaises face à ces disciplines sportives si singulières faites de victoires, d'héroïsme mais aussi de défaites et de cicatrices tout ceci faisant notre grandeur. Être camerounais, c'est porter haut et de la plus noble des façons les couleurs du Cameroun dans des événements sportifs grandioses tel que la Coupe d'Afrique des Nations tant au niveau de la qualité des infrastructures mis à la disposition de États invités, de l'organisation et de la médiatisation collective, du patriotisme et de l'amour pour soutenir à chaque étape nos lions indomptables sur le terrain.

Aussi, être camerounais ne saurait se limiter à l'étendu du territoire national et en allant plus loin, nous verrons que des états comme celui de la France, l'un des modèles des républiques dont s'inspire le Cameroun pour des raisons qui seraient longues à évoquer ici, se gargarise des succès des "français d'origine camerounaise" à l'instar de ceux du basketteur Joakim NOAH le fils de Yannick NOAH, l'artiste TAYC, la judoka Gévrise ÉMANE, les footballeurs internationaux Kylian MBAPPÉ et Samuel UMTITI, l'humouriste Thomas NGIJOL et bien d'autres, mais personne au Cameroun ne semble revendiquer la camerounéité de ceux-là qui font rêver les petits et grands camerounais et qui en font leurs modèles! Être camerounais c'est aussi revendiquer ses citoyens simplement afin que la république demain puisse mieux les protéger car l'on ne protège que celui qu'on connaît et dont on peut revendiquer la paternité et la filiation.

De plus, être camerounais c'est aussi savoir mettre en commun des efforts pour le grandissement de notre pays car la maison Cameroun se construit tous les jours et chacun doit veiller à ce que ce qui est construit aujourd'hui ne soit détruit dans la nuit par les ennemis de la république, c'est ce que nous appellons la préservation des acquis. Autour de nous, nous voyons des hommes, des femmes, des enfants se battre pour leurs droits, nous devons réaliser que ceci est souvent au prix de nombreux sacrifices! Eh! Oui, être camerounais, n'est pas qu'un « identifiant » à porter tel un badge, être camerounais c'est être capable d'exprimer non seulement sa fierté d’être né dans le même pays que Ruben UM NYOBÈ, MONGO BETI, Jean-Marc ELA, EBOUSSI BOULAGA, John NGU FONCHA, Manu DIBANGO, Roger MILLA, Achille MBEMBE ou Samuel ETO'O; c’est aussi savoir se mettre en colère en refusant d’accepter que le visage actuel du Cameroun représente son destin, encore moins sa promesse. Être camerounais, c'est arborer le vert-rouge-jaune même étant à l'autre bout du monde pour conjuguer tous ensemble un futur à tous les temps. Alors à tous et à chacun, l'épreuve du miroir althussérien pour découvrir notre appartenance à ce Cameroun qui se construit tous les jours et ceci c'est une conquête de tous les jours et de tous les instants avec la fabrication de nouveaux symboles qui viennent consolider les bases de ce qui existe déjà.

D'autre part, être camerounais c'est aussi aider son père, son frère ou fils dans des situations difficiles. En effet, il est un essentiel que nous avons (consciemment ou pas) tendance à oublier, une des solutions quoique lointaine à toutes nos crises: l'enseignant dans l'éducation. Si l'on part du principe qu'on ne protège que celui qu'on connaît et dont on peut revendiquer la paternité et la filiation alors pourquoi négliger le socle de l'éducation de nos enfants, de l'avenir de la nation: nos enseignants? En quoi est-ce rentable de pénaliser ceux-là qui portent l'histoire de nos ancêtres dans leurs mémoires tels des griots? C'est eux qui décryptent l'histoire, les langues, les sciences, les sports, c'est eux qui encadrent chacun de nous et en font un homme accompli. C'est aussi eux qui établissent les bases du vivre ensemble, qui nous inculquent des raisonnements anti-tribalistes et autres. Un enseignant, c'est celui-là qui donne du sens à nos mots, il occupe une place non négligeable dans la signification de ce qu'être camerounais et surtout c'est un père, un frère, un fils, c'est un camerounais. Aujourd'hui, comme le dit Louise Blanche NGO MASSO: « Les enseignants grèvent et réclament de nos dirigeants de meilleures conditions de travail... ils grèvent parce qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts avec leur salaire de catéchiste. » Être camerounais, c'est aussi la capacité des uns et des autres à mobiliser tout leur capital au sens où Bourdieu utilise ce mot c'est-à-dire l'ensemble de ressources et de pouvoirs effectivement utilisables, économiques (biens, revenus, capital), culturel (qualifications, éducation), social (ensemble des relations sociales, réseaux), ou symbolique (prestige, honneur) afin de mettre non seulement fin aux souffrances de ces martyrs de la noblesse qui sont nos enseignants, la base même de l'éducation de nos enfants, la lumière sur le sentier de ceux qui reprendront le flambeau de notre magnifique pays demain mais aussi d'offrir l'équipement nécessaire et le meilleur suivi de nos enfants car comme le dit Victor Hugo: « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. » et d'ajouter par la suite: « Ouvrir une école, c'est fermer une prison. » Alors soucions nous de nos enfants, soucions-nous des camerounais que nous sommes et de notre devenir.


Enfin, être camerounais n'a rien de totalement blanc ou noir car la vie n'est pas toujours rose ce qui nécessite une grande capacité de résilience, une grande acceptance des coupures de courant intempestives. Être camerounais c'est savoir rire de tout tant de ce qui nous amuse que de nos malheurs, c'est accepter des non réponses de la part de nos dirigeants et supporter quand même on ne le veut ou peut plus. Être camerounais, c'est aussi être désunis quand il s'agit de faire la guerre et unis quand il faut se mettre ensemble pour un but commun. Être camerounais n'a rien de totalement beau...

Ce n'est pourtant pas si mal d'être camerounais mais il convient de nous interroger sur notre degré d'engagement pour la construction de notre pays. Qu'est-ce que « devenir camerounais » dans un monde comme le nôtre? Cette question, chacun de nous doit se la poser car là se trouve l'identité d'un peuple, elle se construit avec tous mais aussi avec chacun. Il n'y aura jamais un moment où l'on dira « ça y est! Nous avons fini de construire le Cameroun! »

Sources:
1. Vincent Sosthène FOUDA ESSOMBA (2007), Être Camerounais – Éditions Harmattan. Disponible à: https://www.editions-harmattan.fr/auteurs/article_pop.asp?no=7268&no_artiste=7093 (Consulté le 18 Février 2022).
2. Armand LEKA ESSOMBA (2017), Qu’est-ce qu’être camerounais ? – Jeune Afrique. Disponible à: https://www.jeuneafrique.com/mag/485170/politique/quest-ce-quetre-camerounais/ (Consulté le 18 Février 2022).
3. Louise Blanche NGO MASSO (2022), Craie morte – Les Chroniques de Binkù. Disponible à: https://www.facebook.com/100044168782715/posts/524100545738900/?app=fbl (Consulté le 24 Février 2022).